Le sourcing au Vietnam en 2025 : Une destination stratégique.
- The Sourcing Associate
- 10 mars
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Dernière mise à jour : 12 mars
Ces dernières années, le Vietnam s'est imposé comme une alternative de choix à la Chine dans le domaine du sourcing industriel. Sa main-d’œuvre qualifiée, ses coûts compétitifs et ses nombreux accords commerciaux internationaux en font une destination privilégiée pour les entreprises désireuses de diversifier leurs chaînes d’approvisionnement. L’intensification des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, ainsi que les investissements étrangers croissants, renforcent davantage sa position stratégique.
Dans notre série consacrée aux impacts de la politique de Trump sur les économies de l’ASEAN, nous avons mis en avant les opportunités prometteuses offertes par cette région. Situé au cœur de l’Asie du Sud-Est, le Vietnam en est un acteur incontournable grâce à une croissance économique solide et un environnement propice aux affaires.

Les atouts clés du sourcing au Vietnam
Le principal avantage du Vietnam réside dans une main-d’œuvre compétente et compétitive, significativement moins chère que celle de la Chine. Les politiques gouvernementales favorables à l'industrie contribuent à maintenir une croissance annuelle moyenne du PIB manufacturier supérieure à 6 %. Selon la Banque d’investissement et de développement du Vietnam (BIDV), la croissance économique globale pourrait atteindre entre 7,5 % et 8 % d'ici 2025.
L’accès aux marchés internationaux constitue un autre atout majeur pour le Vietnam.
En août 2020, l’EVFTA (Accord de Libre-Échange entre l’Union Européenne et le Vietnam) est entré en vigueur, avec comme objectif l’élimination progressive de 99% des droits de douane sur les produits vietnamiens destinés au marché européen. Cet accord de libre-échange offre aux entreprises européennes un accès privilégié à un marché de plus de 100 millions d’habitants et garantit aux exportateurs vietnamiens des conditions tarifaires favorables pour leurs produits manufacturés, textiles, et agricoles. En renforçant les normes de production aux standards européens, l’EVFTA encourage également les entreprises vietnamiennes à améliorer la qualité de leurs productions pour répondre aux exigences du marché européen. Cela rend le Vietnam particulièrement attractif pour les entreprises européennes.
En octobre 2024, un nouvel accord de libre-échange bilatéral a été signé entre la France et le Vietnam, renforçant encore les relations économiques entre les deux pays. Cet accord simplifie les procédures douanières et administratives, et facilite les investissements français dans des secteurs stratégiques comme l’aéronautique, l’énergie ou encore les infrastructures.
Récemment, en mars 2025, de nouvelles discussions entre les États-Unis et le Vietnam ont permis la signature d'accords stratégiques visant à renforcer les relations commerciales bilatérales et à éviter l'imposition de nouvelles taxes par l'administration Trump, notamment en raison de l'excédent commercial du Vietnam vis-à-vis des États-Unis. Les discussions ont porté sur l'achat de gaz naturel liquéfié américain et l'ajustement des droits de douane sur certaines importations, reflétant une volonté commune d'approfondir les relations économiques.
Des investissements étrangers déterminants
Le Vietnam bénéficie d’un afflux croissant d’investissements étrangers, notamment en provenance de Chine. De nombreuses entreprises chinoises ont choisi d’installer des unités de production au Vietnam pour contourner les barrières douanières américaines et européennes. Cette tendance contribue à la montée en puissance de l’industrie vietnamienne, bien que certaines entreprises locales puissent ressentir une concurrence accrue.
Outre la Chine, le Japon et la Corée du Sud jouent un rôle clé dans le développement industriel vietnamien. Le Japon est l’un des premiers investisseurs étrangers au Vietnam, avec des usines spécialisées dans l’électronique, l’automobile et la mécanique de précision. Toyota et Honda, par exemple, y ont installé d’importantes lignes de production. La Corée du Sud est également un acteur majeur, avec Samsung qui emploie des dizaines de milliers de travailleurs vietnamiens dans ses usines de production de smartphones. L’implantation coréenne est visible dans divers secteurs comme la mode, l’électronique et la chimie industrielle, consolidant ainsi l’écosystème manufacturier du Vietnam.
En tant que spécialiste du sourcing au Vietnam, il est étonnant de voir le nombre d’entreprises japonaises et coréennes présentes au Vietnam. Dans certaines industries techniques comme l’électronique ou la mécanique de précision, ces entreprises étrangères sont un vrai moteur d’attractivité, en rendant accessibles des technologies complexes. Elles opèrent selon des standards rigoureux, imposant des exigences élevées qui stimulent la montée en gamme de toute l’industrie vietnamien. Leur production est principalement destinée à des entreprises à haute valeur ajoutée, ce qui contribue à positionner le Vietnam comme un acteur clé dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Aspects environnementaux et sociaux du sourcing au Vietnam
Le Vietnam commence progressivement à intégrer les critères environnementaux et sociaux dans ses politiques industrielles. Face aux exigences croissantes des marchés européens et américains en matière de responsabilité sociale et environnementale, de plus en plus d'usines vietnamiennes adoptent des pratiques durables telles que l'utilisation de matériaux recyclés, la gestion efficace des déchets industriels et la réduction de leur empreinte carbone. Plusieurs initiatives, notamment dans les zones industrielles et les parcs technologiques, visent à renforcer ces engagements environnementaux et sociaux, attirant ainsi des entreprises soucieuses de leur impact global.
Lors de nos missions de sourcing, nous avons pu échanger directement avec les acteurs locaux engagés dans le développement de pratiques responsables et identifier des fournisseurs ayant déjà mis en œuvre des démarches durables. Ces initiatives témoignent clairement de l'ambition du Vietnam et de ses fabricants de s’affirmer comme acteurs durables au sein des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Vietnam vs Chine : une comparaison stratégique
Les évènements géopolitiques récents ainsi que les crises diplomatiques, sans oublier les années COVID qui ont chamboulé les chaînes d’approvisionnement internationales, ont façonné une tendance qui pousse bon nombre d’entreprises à s’orienter vers le Vietnam : la stratégie Chine +1.
Celle-ci a pour objectif de diversifier son panel de fournisseurs, en intégrant des acteurs externes à la Chine, en plus des fournisseurs historiques chinois.
Bien que le Vietnam gagne en importance, il y a des différences notables qui apparaissent entre ces deux pays. La Chine reste l’ « usine du monde », et dispose d’une capacité de production et d’une intégration verticale très avancée. Son écosystème industriel est bien plus développé, avec un nombre d’usines plus important et une chaîne d’approvisionnement optimisée qui permet des délais de production plus courts, des économies d’échelle et une concurrence accrue qui tire les prix vers le bas. Ainsi, même si le coût de la main-d’œuvre vietnamienne est moins cher, les limites au niveau de la capacité industrielle et la disponibilité des matériaux par rapport à la Chine sont perceptibles dans certains domaines.
Un exemple que nous avons rencontré dans le cadre de nos opérations de sourcing au Vietnam : le coût de l’outillage pour des pièces d’emboutissage. Chez certains fabricants, le coût de développement des moules était jusqu’à trois fois supérieurs qu’en Chine. Cela s’explique par les décennies d’expérience des fabricants chinois dans ce domaine et leur accès facilité aux technologies d’usinage et de traitement thermique. Au Vietnam, les compétences en fabrication d’outillage sont en effet plus limitées, ce qui entraîne des coûts de main-d’œuvre plus élevés où la nécessité d’importer des solutions directement de Chine, ce qui est bien plus coûteux. De plus, la Chine produit une grande partie de ses propres aciers et composants, tandis que le Vietnam doit souvent les importer.
Cependant, le Vietnam est encore en phase de rattrapage. Les accords commerciaux mentionnés plus haut pourraient accélérer sa compétitivité et lui permettre de surpasser la Chine sur certains marchés occidentaux. Pour réussir un projet de sourcing dans le pays, une connaissance approfondie de son environnement industriel reste néanmoins indispensable.
En conclusion, malgré certaines contraintes liées à son écosystème industriel encore en développement et à une dépendance marquée envers la Chine pour certains matériaux et compétences techniques, le Vietnam demeure une destination stratégique incontournable pour les entreprises souhaitant diversifier et sécuriser leurs chaînes d'approvisionnement. Grâce à sa main-d’œuvre compétitive, son intégration croissante aux marchés internationaux, et ses avancées notables en matière de développement durable, le Vietnam est bien positionné pour renforcer son rôle au cœur des échanges manufacturiers mondiaux dans les années à venir. Toutefois, réussir ses projets de sourcing au Vietnam exige une bonne compréhension des spécificités locales et une approche adaptée aux réalités du terrain.
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